La triste disparition d’un jeune homme engagé.

Notre collectif a appris avec une profonde tristesse le suicide de Guillaume, étudiant engagé. Syndiqué à l’UNL puis à la FSE, Guillaume était investi dans toutes les luttes. Nous lui rendons hommage avec émotion. Guillaume a notamment joué un rôle majeur dans la libération de la parole sur les violences sexuelles. En dénonçant un viol, il a lancé le mouvement #metoogay qui a eu un très fort écho. Si les circonstances de son suicide ne sont pas pleinement élucidées, ce drame ne peut que conforter la nécessité de lutter contre les violences sexuelles, les LGBTIphobies, la précarité étudiante et la souffrance des étudiant.e.s aggravée par la situation sanitaire.

CP: La transphobie tue et monsieur Blanquer regarde ailleurs.

Après le suicide de  Doona, étudiante trans de Montpellier en septembre, nous apprenons celui d’Avril ce mercredi, lycéenne trans de 17 ans, élève au lycée Fénelon à Lille.  Alors qu’elle aurait été exclue de l’établissement au début du mois car elle portait une jupe, elle avait vécu une vague de soutien de la part d’élèves de la ville. Une enquête devra faire la lumière sur les circonstances de son exclusion et sur la responsabilité d’acteurs et actrices de la communauté éducative dans ce drame. 

A cette heure, nous tenons à présenter nos condoléances à tou.te.s les proches d’Avril et appelons à rejoindre le rassemblement prévu ce jour à 12h45 devant l’établissement.

Alors que le rapport 2020 d’SOS Homophobie montre que 42% des actes de transphobie visent des femmes trans, il est urgent que le ministère prenne ses responsabilités. Alors qu’elles sont confrontées à la transphobie du corps médical et des institutions y compris scolaires, le silence de monsieur Blanquer et des services de la Dgesco à nos nombreuses sollicitations revêt une cruelle résonance. 

Il est urgent de prendre en compte la transidentité et de lutter contre la transphobie au sein des établissements et des institutions accueillant des élèves et des étudiant.e.s. Le parcours de transition des élèves comme des personnels doivent être pris en considération. L’administration doit notamment faciliter le changement de prénom sur simple demande d’un.e élève. Il est inacceptable qu’encore aujourd’hui, l’identité de genre de membres de la communauté éducative ne soit pas respectée. 

Comme nous le demandons depuis de trop nombreuses années, les personnels doivent être formés aux sujets LGBTI, les cours d’éducation à la sexualité et à l’affectivité doivent être dispensés partout par des personnels eux aussi formés. 

Aujourd’hui encore, à Montpellier, à Lille et ailleurs les LGBTIphobies mettent en péril la vie de nos élèves et étudiant.e.s. Des promesses ont été faites par le ministère et par le gouvernement depuis 2018. Nous ne pouvons plus attendre qu’elles se transforment en actions. En octobre 2019, monsieur Blanquer avait notamment annoncé la mise en place d’un groupe de travail ayant comme mission de construire des outils pour aider les équipes à accueillir les élèves trans. Depuis, ce groupe n’a jamais été réuni. Nous avons pourtant relancé le ministère à plusieurs reprises sans obtenir de réponse de sa part. Cette inaction pèse lourdement sur tous et toutes les Avril dans tous les établissements.

#JusticePourAvril

Contacts :

Alexis GUITTON – 06 78 60 96 41 – alexis.guittonfep@gmail.com

Olivier LELARGE – 06 27 53 06 88 – olelarge@gmail.com

FATNA SEGHROUCHNI – 06 82 36 11 74- sfatna@gmail.com

Absence de plan, absence de réponse au Collectif, la lutte contre les LGBTIphobies n’est clairement pas la priorité du ministre

Depuis le début du quinquennat, le Collectif demande au ministre Blanquer de prendre sérieusement en charge la question des droits des élèves, étudiant·e·s et personnels LGBTI. Les renCollectif logocontres, promesses interministérielles étaient porteuses d’espoirs. La campagne de sensibilisation lancée par le ministère en janvier 2019 en incluant la transphobie dans sa communication laissait croire en une volonté de respecter les engagements. Cependant, depuis, les actions envisagées se sont effacées derrière une communication et les acteurs et actrices des communautés éducatives sont oublié·e·s. Alors que de nombreuses situations difficiles d’inclusion et de genrage des personnes trans étaient remontées par les associations et structures spécialisées, alors qu’une question d’un député sur le mégenrage des élèves trans avait obtenu une réponse écrite du ministre positive en octobre 2019, rien a été fait depuis sur ces sujets par le ministère. Depuis, en janvier 2020, nous avons écrit au nouveau Directeur Général de l’Enseignement scolaire pour lui demander d’agir. Sans réponse, nous l’avons relancé en mars. Face à l’absence de réponse et de travail sur ces sujets, nous avons écrit au ministre en juin. A la rentrée, sans réponse, nous avons rédigé un nouveau courrier sachant qu’une nouvelle équipe accompagnait désormais monsieur Blanquer. A cette heure, toujours aucune réponse. Pas de plan, pas de réponse aux nombreux courriers, la lutte contre les LGBTIphobies n’est clairement pas la priorité du ministère. Or il est urgent de respecter et de protéger l’ensemble des acteurs et actrices des établissements scolaires. Maintenant, le ministre ne doit plus se contenter de communiquer, de promettre, il doit agir.

Courrier Ministères

 

 

Communiqué de presse: « Une école pour toutes et tous, sans discriminations, maintenant. »

En cette rentrée scolaire, le Collectif éducation contre les LGBTIphobies en milieu scolaire et universitaire a actualisé sa plate-forme revendicative. Il y rappelle ses exigences pour les élèves mais aussi pour les personnels LGBTI. Il alerte une fois de plus les pouvoirs publics quant à l’importance de la mise en place d’une politique volontariste pour lutter contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre.

Dans les écoles, il y a des élèves LGBTI…

Les témoignages reçus montrent la nécessité d’un véritable travail éducatif, pour contrer les violences et discriminations que subissent les élèves LGBTI, qui amènent à de l’absentéisme, à de l’échec scolaire voire à des tentatives de suicide plus importantes chez les élèves LGBTI que chez les autres élèves.

Le Collectif souligne l’immense responsabilité des ministres face à ces phénomènes : les personnels et les établissements ne sauraient être renvoyés à eux-mêmes, à une hypothétique « bonne volonté » quand ce travail nécessite des moyens, des formations, et une volonté politique claire qui n’a pas toujours été au rendez-vous.

Le Collectif rappelle également que la déconstruction des stéréotypes de genre doit être réalisée dans le cadre d’une véritable éducation à la sexualité. Celle-ci bénéficiera à l’ensemble des élèves et des familles, quel que soit leur genre ou leur orientation sexuelle.

…et des personnels LGBT.

Pour les personnels, le Collectif se félicite que l’article instaurant la PMA pour toutes les femmes ait enfin été voté dans le cadre de la révision des lois de bioéthique. Il permet ainsi à des collègues de sortir du parcours de combattantes que constituait l’accès à la PMA. Le Collectif continue à revendiquer une action volontariste des ministères en faveur des personnels LGBTI, et un plan de travail concret, en particulier pour les personnels trans pour lesquels beaucoup de droits sont encore à acquérir.

Le collectif s’inquiète enfin de la suppression des instances actuelles de dialogue social qui pourrait instaurer de façon insidieuse des discriminations dans le cadre des mutations et des promotions. Le risque est bien d’entraî­ner une ges­tion opaque et priver les per­son­nels de recours contre l’arbi­traire. Ce qui est antinomique avec une politique de non-discrimination.

Journée internationale de lutte contre les LGBTphobies 2019: Des avancées salutaires à poursuivre pour les personnes transgenres dans l’enseignement supérieur et la recherche.

En cette journée internationale de lutte contre les LGBTphobies, le Collectif cosigne avec le CPED, l’Autre Cercle, Le Refuge et Sos Homophobie un Communiqué de Presse qui cible spécifiquement les actions et les besoins d’actions pour les droits des personnes trans dans le supérieur.

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Une nouvelle campagne diffusée dans les établissements scolaires, le Collectif veut s’assurer de sa bonne diffusion

La nouvelle campagne de sensibilisation et de prévention des discriminations LGBTphobes a été diffusée, lundi 28 janvier, dans les établissements scolaires de l’enseignement public et de l’enseignement privé sous contrat de l’ensemble

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 du territoire français par le ministère de l’éducation nationale. Elle le sera aussi dans les établissements relevant du ministère de l’agriculture et de l’alimentation. Le Collectif éducation contre les LGBTphobies en milieu scolaire a collaboré à la construction de cette campagne à la Dgesco. L’essentiel désormais est que celle-ci soit relayée correctement aux équipes afin qu’elles puissent s’en emparer. Pour s’en assurer, le Collectif a réalisé un court questionnaire à transmettre à un maximum de collègues afin que nous puissions avoir une vision large de cela et que nous puissions en connaître les modalités d’appropriation. Ainsi, nous pourrons intervenir auprès des services du ministère si les remontées révèlent des dysfonctionnements à corriger. Remplir le questionnaire.

Éducation à la sexualité : il faudra sans doute bien plus qu’une nouvelle circulaire du ministère !

Les organisations membres du Collectif se sont penchées sur la nouvelle circulaire ministérielle relative à l’éducation à la vie affective et sexuelle. Ci-dessous leurs analyses et commentaires.

Le Collectif éducation contre les LGBTphobies le rappelle : l’éducation à la sexualité est l’affaire de toutes et tous. Elle participe au développement des compétences psychosociales définies par l’organisation mondiale de la santé (OMS) en 1993. Parce qu’elle contribue à la construction de la personne et à l’éducation des citoyen-nes, l’éducation à la sexualité a toute sa place à l’école.

Elle répond aux objectifs de santé sexuelle, telle que définie également par l’OMS : Le droit de jouir du meilleur état de santé possible consacré à l’article 24 de la Convention doit être compris dans une acception large, incluant la santé sexuelle. Celle-ci est définie par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme un « état de bien-être physique, émotionnel, mental et social relié à la sexualité. Elle ne saurait être réduite à l’absence de maladies, de dysfonctions ou d’infirmités ». Pour l’OMS, l’éducation à la sexualité désigne « l’apprentissage des aspects cognitifs, émotionnels, sociaux, interactifs et physiques de la sexualité. Elle commence dès la petite enfance, et se poursuit à l’adolescence et à l’âge adulte. Pour les enfants et les jeunes, son objectif premier est d’accompagner et de protéger le développement sexuel ».

Elle est également là pour lutter contre les modes de domination, qui doivent être explicités et condamnés chaque fois qu’ils sont identifiés. Les violences faites aux femmes, le sexisme ordinaire, les agressions sexuelles et le viol doivent être dénoncées sans concession, tout comme la culture du viol (discours, propos, représentations…) qui banalise et minimise ce crime.

Mais le Collectif fait le constat, à l’instar de l’administration et des collègues dans les établissements et les écoles, que l’éducation à la sexualité n’est pas optimale dans notre institution, du fait de plusieurs types de difficultés, voire d’obstacles, et qu’il y a donc des pratiques et des directives à revoir.

Que dit la nouvelle circulaire sur l’éducation à la sexualité, du 12 septembre 2018 ? Que ne dit-elle pas ?

Elle définit une feuille de route très prudente ! A sa lecture, on resterait presque sur notre faim… Si cette circulaire était sans doute nécessaire en ce début d’année, agité par les intox et désinformations, elle reste insatisfaisante.

D’une part, on peut se féliciter qu’elle évoque explicitement certains grands principes :
– « L’éducation à la sexualité se fonde sur les valeurs humanistes de liberté, d’égalité et de tolérance, de respect de soi et d’autrui »
– « Cette éducation vise à la connaissance, au respect de soi, de son corps et au respect d’autrui (…). Elle est complétée, à l’adolescence, par une compréhension de la sexualité et des comportements sexuels dans le respect de l’autre et de son corps »
– « le champ psycho-émotionnel » et « les émotions et sentiments »
Les termes se rapprochent de notre idée de la vie affective.

– « Au sein des établissements d’enseignement, tout adulte de la communauté éducative contribue à réguler les relations interindividuelles et à développer chez les élèves des savoir-être et des comportements respectueux et responsables. Ces pratiques éducatives impliquent une nécessaire cohérence entre tous les adultes participant de fait au respect des lois et des règles de vie en commun, qu’elles concernent la mixité, l’égalité ou la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, le sexisme, l’homophobie et la transphobie, contraires aux droits de l’Homme ».
Il est important que cette éducation à la sexualité ne soit pas l’apanage de quelques un·es (notamment les infirmier·es scolaires et les professeur·es de SVT) et que toutes et tous les personnels puissent y contribuer. Il est tout aussi important de rappeler explicitement dans ce cadre la lutte contre l’homophobie et la transphobie. Il est essentiel de parler de l’ensemble des orientations sexuelles et non pas de rester dans la relation hétérosexuelle comme c’est trop souvent le cas, surtout lorsque l’éducation sexuelle est vue dans le cadre de la seule reproduction.

Mais d’autre part, plusieurs points essentiels nous semblent manquants :

– L’égalité filles-garçons bien que présente comme un enseignement aurait dû être au cœur du dispositif. Les termes vagues de « respect de soi et d’autrui » ne nous paraissent pas suffisants en la matière.

– L’homosexualité n’est jamais nommée. Rien non plus sur l’identité de genre. Il est simplement fait allusion à l’ « orientation sexuelle ». Les interrogations sont courantes au moment du passage de l’adolescence à l’âge adulte, et il est important de pouvoir répondre aux interrogations des élèves. Il faudrait y intégrer la lutte contre l’ensemble des LGBTIphobies : lesbophobie, biphobie et question des intersexes.

– Les apports des sciences sociales sont occultés. Elles comportent pourtant plusieurs travaux sur la sexualité et les identités de genre. Or, un champ supplémentaire « des études sociales et philosophiques, avec la construction sociale, philosophique et historique des identités » aurait permis d’aborder la question dans toutes ses dimensions.

– N’est pas évoquée non plus la nécessaire mise en place d’une progression sur tout le cursus scolaire pour les 3 heures dédiées à cette éducation.

L’éducation à la sexualité est primordiale pour connaître son propre corps et celui d’autrui, pour respecter les filles et les garçons et pour vivre en harmonie dès le plus jeune âge sans violences ni stéréotypes.

Cette circulaire a le mérite de donner une feuille de route précise à tous les acteurs du monde éducatif, même si on peut regretter sa prudence circonspecte.

Zoom sur le primaire :

La publication de la circulaire a lieu en septembre, après des polémiques qui ont enflammé les réseaux sociaux pendant tout l’été, avec des campagnes de diffamation accusant de nouveau l’école de promouvoir la pédophilie… L’hypothèse du lien de cause à effet semble vraisemblable.

Il était en effet nécessaire de faire connaître les contenus qui relèvent de l’éducation à la sexualité en primaire, mais une nouvelle circulaire était-elle nécessaire ? Certes, celle de 2003 était plutôt méconnue, et donc peu appliquée, en primaire. Mais la nouvelle donnera-t-elle lieu à des communications volontaristes du Ministère à destination des enseignant-es et des cadres de l’Éducation nationale ?

Ces groupes de pressions qui se mobilisent régulièrement (et particulièrement depuis 2013 contre les ABCD de l’égalité) ont montré leur réel pouvoir de nuisance : sur les parents d’une part, en sapant la confiance entre les familles et l ‘école ; mais également sur les enseignan-tes dont certain- es hésitent à traiter ces sujets en classe, quand d’autres finissent même par douter du bien fondé de ces enseignements : cette éducation ne reviendrait-elle pas à la famille ? Quel doit être le rôle de l’école ? Il était donc nécessaire que les missions de l’école soient réaffirmées, aussi bien en direction des personnels que des familles, voire de l’opinion publique. Il faut notamment que les enseignant-es interpelé-es par des parents d’élèves sur ces questions aient le soutien de leur hiérarchie, ce qui n’est pas toujours le cas !

Dans cette optique, la nouvelle circulaire ministérielle est intéressante parce qu’elle liste explicitement les thématiques qui peuvent être abordées à l’école primaire, afin de lever les ambiguïtés. On peut toutefois regretter que certaines dimensions de l’éducation à la vie affective et sexuelle ne figurent pas dans la liste, ou de façon peu explicite. Ainsi, l’aspect relationnel et affectif n’est pas assez développé (il est pourtant facilement abordable avec de jeunes enfants) et le mot affectif semble même absent de la circulaire. De même aurait pu être mentionné le travail sur la diversité des familles (avec en particulier la notion de projet / désir d’enfant), très important dans la construction de l’estime de soi.

Mais la clarté du discours institutionnel ne suffira pas : il doit impérieusement s’appuyer sur la mise en place d’un plan de formation d’ampleur, aussi bien pour la formation initiale que continue de tous les personnels.

En effet, éduquer à la sexualité ne s’improvise pas. Il faut par exemple faire comprendre aux élèves la distinction entre ce qui relève de l’intime et de l’expérience personnelle et ce qui peut être énoncé devant les autres élèves, ou pour reprendre les termes de la circulaire : « permettre aux enfants et aux jeunes de repérer ce qui relève de la sphère privée et de la sphère publique, et maintenir les échanges dans la sphère publique ». Cela peut se révéler très délicat en particulier quand l’élève a subi des agressions sexuelles.

La prévention des agressions sexuelles sur mineur-es n’est pas suffisamment traitée, alors qu’elle devrait être une préoccupation importante dès le primaire ! Dans la nouvelle circulaire est tout juste évoqué le fait de recueillir la parole concernant les « difficultés personnelles », mais repérer c’est déjà trop tard, il faut clairement se fixer des objectifs de prévention. C’est aussi dans ce but qu’il est important d’éduquer au non-consentement, de soi comme de l’autre.

C’est pourquoi la formule de la circulaire « À ce niveau d’âge [en primaire], il ne s’agit pas d’une éducation explicite à la sexualité » ne paraît pas satisfaisante. En effet, éduquer explicitement à la sexualité, avec les propos et les pratiques adaptées, dans le cadre scolaire, à quelque niveau que ce soit, n’est en aucun cas une incitation au passage à l’acte. Bien à rebours, c’est une éducation explicite à la sexualité qui permet aux enfants et aux adolescent-es de se construire, d’apprendre à se protéger et qui incite explicitement au respect.

Et pour tout cela, il faut de la formation !

Les attaques réactionnaires contre les ABCD de l’égalité et leur écho dans la société, ainsi que différentes polémiques qui se sont succédé depuis, ont montré combien l’essentialisme était encore prégnant dans les mentalités, combien le système de genre produisait de normes contraignantes, présentées à tort comme « naturelles », souvent obstacles à l’émancipation des jeunes, comme à celle des adultes. La formation des personnels doit donc également s’accompagner d’une solide réflexion sur les stéréotypes liés au système de genre, afin que les relations amoureuses s’affranchissent des représentations qui alimentent les mécanismes de domination, et pour agir en prévention contre violences et discriminations sexistes et LGBTphobes.

Les modalités d’organisation des formations sont également très importantes. Le plan pour l’éducation à l’égalité, présenté en juin 2014, promettait une généralisation des formations. Mais la réalité nous a montré que le Ministère ne s’est pas doté des moyens nécessaires à cette généralisation. En effet, il a proposé parmi les outils de formation un module m@gistère, c’est-à-dire une formation à distance. Or, on ne peut pas prétendre former à la lutte contre les discriminations par ce genre de média. Tout ce qui touche aux représentations, individuelles et collectives, nécessite (au moins dans un premier temps) des rencontres, des échanges, des confrontations, avec les résultats de la recherche mais aussi entre enseignant-es. On ne peut pas se former tout-e seul-e devant un écran ! Une vraie politique pour l’égalité demande des moyens concrets. Si des prises d’informations et de recherches d’outils en ligne peuvent compléter ces formations sur site, celles-ci nécessitent également des temps de retour, d’échanges autour de l’analyse de pratiques.

Notamment les concepts de sexe biologique, identité de genre et orientation sexuelle doivent être clairement caractérisés avec les élèves pour éviter des confusions dans les raisonnements. Les questions relatives à la sexualité, la contraception, l’IVG, les notions de respect et de consentement doivent être enseignées, parce que le corps humain n’est pas un objet.

Les personnels de l’enseignement privé sous contrat doivent aussi être formé-es à ces problématiques. L’État doit être vigilant quant au respect du cahier des charges dans le cadre des formations proposées par Formiris (organisme privé qui dispense les formations en accord avec le ministère), que ce soit dans la formation initiale et continue des enseignant-es. De plus, il y a trop souvent un flou juridique dans les structures de l’enseignement privé sous contrat qui mène à la diffusion de documents et de théories pouvant être violentes pour les élèves et allant à contre-courant de ce que préconise la circulaire (opposition à l’IVG, parole homophobe…). Les personnels de droit privé de ces établissements ont aussi un rôle éducatif, ils ne sont pourtant pas formés pour répondre aux questions des élèves. Ils sont même trop souvent appelés à prendre des positions empreintes d’idéologie religieuse et dans certains établissements, ils sont sollicités pour diffuser des documents issus de mouvements réactionnaires. L’État doit prendre ses responsabilités pour éviter que des dérives identitaires mènent à une éducation à deux vitesses et à une diffusion d’idées allant à l’encontre des valeurs de la République dans des établissements pourtant sous contrat. Ainsi, si des défaillances claires viennent à être attestées, il serait judicieux que les collègues du privé sous contrat et du public soient formé-es ensemble sur ces questions.

Il faut exiger que toutes les académies proposent à tous les personnels des formations « éducation à la sexualité » dans la formation initiale et continue. De plus, il faut permettre d’intégrer les séances d’éducation à la sexualité dans le service des personnels qui se sont portés volontaires et qui ont été formés.

et des moyens !

Outre les moyens indispensables pour une réelle formation, initiale et continue, de tous les personnels, la mise en place des différentes mesures demande notamment du temps.

La mise en place des CESC doit se faire, sans augmentation du temps et de la charge de travail des personnels. L’augmentation du nombre de postes d’infirmier·es scolaires en particulier est également une nécessité.

Le Collectif contre les LGBTphobies en milieu scolaire et universitaire continuera à promouvoir une éducation à l’égalité prenant notamment en compte les résultats scientifiques issus des études sur le genre, afin de combattre le sexisme et les LGBTphobies, et une éducation à la vie affective et sexuelle inclusive et émancipatrice.

 

L’éducation à la vie affective et sexuelle de nouveau dans le collimateur des réactionnaires

Cet été a vu la promulgation de la loi contre les violences sexuelles et sexistes, loi qui comporte des lacunes flagrantes au niveau de la protection des mineur-es. En complément, la secrétaire d’État Schiappa a fait une déclaration mentionnant les 3h annuelles d’éducation à la sexualité à l’école. Rien de bien nouveau, si ce n’est peut-être la notion de consentement, mais les rumeurs ont immédiatement déferlé : posts sur les réseaux sociaux, tracts, affiches dénoncent la pédophilie et la masturbation qui seraient enseignées à l’école primaire, et appellent au boycott de la rentrée. Une véritable campagne de haine et de désinformation. Peu à peu des témoignages sont remontés de certains départements, faisant état de collègues invectivé-es par des parents, avec parfois des menaces de désinscriptions au profit du privé. L’entreprise de sape de la confiance entre l’école et les parents était donc de nouveau à la manœuvre.

Qui retrouve-t-on derrière ces offensives réactionnaires ? Il est plus que vraisemblable que les réseaux de la mal nommée « Manif pour tous » se sont réactivés à l’occasion, ainsi que ceux des Journées de Retrait de l’Ecole (Farida Belghoul déversant sa bile haineuse dans de nouvelles vidéos), mais les choses sont moins évidentes qu’en 2013. Se sont ajoutés à la meute des propriétaires de pages Facebook difficilement identifiables, et des complotistes de tous crins (telle la « Fédération mondiale des Indignés »), voire des réseaux proches de l’alt-right étatsunienne. Plusieurs médias nationaux se sont alors emparés du sujet pour démonter les rumeurs et les mensonges qui, bien que grossiers, ont encore eu un effet non négligeable, tant la paranoïa est vive concernant ces sujets.

Le ministre de l’éducation a fini par s’exprimer sur RTL à la veille de la rentrée scolaire. Le 12 septembre, il a publié une nouvelle circulaire qui abroge celle de 2003, visiblement dans le but de désamorcer les « fake news ». En effet, le nouveau texte précise pour le primaire, niveau particulièrement visé par les réactionnaires, la liste des thématiques relevant de cette éducation, (au risque d’en oublier ou d’en laisser de côté, voir notre analyse à paraître sur ce blog), mais une expression publique aurait pu suffire pour réaffirmer que l’éducation à la vie affective et sexuelle fait bien partie des missions de l’école, et en préciser les contenus.

La véritable urgence est surtout de mettre en place des moyens de formation qui soient à la hauteur des enjeux, ce qui n’a jamais été le cas depuis 2003, et ce que le Collectif pointe depuis des années.

A cette occasion, le Collectif éducation contre les LGBTphobies en milieu scolaire rappelle ses revendications :

Il faut promouvoir une éducation à la sexualité qui prenne en compte la diversité, qui ne se limite pas à l’aspect sanitaire de prévention des risques, et qui n’envisage pas la sexualité à travers la seule visée reproductive, mais également en termes de relation affective, de désir et de plaisir.

De même, il est nécessaire de promouvoir une éducation aux questions de genre qui prenne en compte la diversité : notions de masculin/féminin, de femmes/hommes, relations filles/garçons et égalité des sexes, respect de lautre et de sa volonté, droit des femmes à disposer de leur corps, la déconstruction des stéréotypes de genre et des rôles sexués, identité et transgressions des normes de genre.

Il est impératif de déconnecter les questions d’identité et celles de l’orientation sexuelle.

Le Collectif demande au MEN de :

veiller à ce que les heures « d’éducation à la sexualité » soient effectivement assurées dans l’enseignement public comme dans l’enseignement privé sous contrat, et que les questions de genre y soient réellement abordées ;

réviser le livret « éducation à la sexualité » pour :

  • quil prenne en compte les questions de l’identité de genre et de la bisexualité ;

  • quil soit expurgé d’un certain nombre de stéréotypes concernant l’orientation sexuelle (sphères publique / privée, « enfermer dans une identité sexuelle »).

CP: Élèves trans : faire primer l’intérêt supérieur de l’enfant !

Le Collectif éducation contre les LGBTphobies en milieu scolaire et universitaire dénonce avec force les différentes expressions homophobes, lesbophobes, biphobes et transphobes qui ont émaillé l’actualité récente. Il s’alarme des conséquences que ces messages de haine et d’exclusion peuvent avoir sur les jeunes LGBT ou en questionnement, ainsi que sur les enfants qui grandissent dans des familles homoparentales.

Le milieu scolaire et universitaire peut aussi être le théâtre de violences sexistes et LGBTphobes. Dans sa campagne « l’homophobie n’a pas sa place à l’école », lancée en décembre 2015, l’Éducation nationale invisibilisait les lesbiennes, ainsi que les personnes bisexuelles ou trans. Pourtant, le Collectif a signalé à plusieurs reprises des situations inquiétantes d’élèves et de personnels trans, témoignant des difficultés rencontrées.
Dans certains établissements scolaires, l’accès aux internats et aux lieux genrés (toilettes, vestiaires…) est source d’exclusion. Ailleurs, l’administration refuse d’employer le prénom et le pronom choisis par l’élève, ce qui peut causer de grandes souffrances à ces adolescent-es. En effet, les parcours de transition sont souvent difficiles, pouvant susciter rejet et harcèlement dans les cadres familiaux ou scolaires, et les souffrances de ces jeunes peuvent les conduire jusqu’au suicide.
Est-il légitime que l’Éducation nationale invoque le risque juridique (les mineur-es non émancipé-es ne pouvant obtenir le changement d’état civil) sans prendre en compte le risque suicidaire ? Où se trouve l’intérêt supérieur de l’enfant mentionné dans l’Article 3 de la Convention Internationale relative aux Droits de l’Enfant ?

De plus, des personnels soucieux d’accompagner au mieux ces jeunes trans subissent parfois des pressions ou des menaces de sanctions de la part de leur hiérarchie ! Pourtant, les demandes des élèves trans sont bien prises en compte dans d’autres établissements, où les équipes œuvrent à rendre effective et concrète la « bienveillance » prônée globalement à l’égard des élèves dans les textes officiels de l’Éducation nationale. Pourquoi tous les jeunes trans n’auraient-ils/elles pas droit au même traitement respectueux de leur identité ? Il est urgent que le ministère s’empare de ces questions afin de mettre fin au cas-par-cas et de respecter l’intérêt supérieur de l’enfant, quel-les que soient les jeunes concerné-es.

CP: Contre les LGBTphobies, agissez M. le ministre !

Le Collectif éducation contre les LGBTphobies a été reçu en audience par le Ministre de l’Éducation Nationale le 12 mars dernier. Lors de cette audience nous avons porté nos revendications d’une éducation à l’égalité réellement inclusive, dès le pImage sortie Audiencelus jeune âge, passant par la lutte contre toutes les discriminations, par une éducation à la vie affective et sexuelle non hétérocentrée et allant au-delà des actions de prévention sanitaire, par la promotion de la culture de l’égalité, pour déconstruire la hiérarchie des sexes et des sexualités et par la formation de tous les personnels. Nous avons notamment insisté sur la relance de la campagne « L’homophobie n’a pas sa place à l’école ».

Le ministre s’est dit conscient des enjeux et a pris quelques engagements : le renouvellement de la campagne cette année avec un temps fort autour de la journée du 17 mai et la réactivation du groupe de travail sur les LGBTphobies à la DGESCO. Il affirme aussi que le ministère aura une attention particulière sur les questions de l’éducation à la sexualité, et sur la formation des enseignant-es.

Ces engagements devront être concrétisés, notamment sur la formation des personnels. Les carences de l’institution sont lourdes de conséquences sur le soutien et l’accompagnement des élèves LGBT ou en questionnement : faute de personnels formés et d’une institution volontariste, ces jeunes sont délaissé-es et abandonné-es dans des situations parfois très difficiles.

Le Collectif n’a pas obtenu d’engagement sur l’école primaire : les attaques réactionnaires contre les ABCD de l’égalité continuent de produire leurs effets négatifs sur le ministère. Cette absence de volontarisme pour l’école primaire est plus qu’alarmante, alors même que le contexte de prise de conscience des violences faites aux femmes place avec force ces questions dans l’actualité, ce qu’avait notamment exprimé à l’automne le Défenseur des Droits en prônant une éducation à l’égalité et à la sexualité, dès le plus jeune âge.

Enfin la volonté ministérielle de sélectionner les sujets légitimes qui peuvent entrer à l’école  ou non (la PMA), y compris via l’EMC, ne peut que nous inquiéter, alors que la formation à l’esprit critique fait partie des missions fondamentales de l’école.

Le Collectif éducation contre les LGBTphobies veut voir une note positive dans la relance de la campagne dans le second degré et les quelques engagements pris.

Mais il réaffirme que les LGBTphobies ne pourront reculer que grâce à une politique volontariste, sur le long terme. Une campagne et quelques actions autour du 17 mai, si elles sont nécessaires, sont loin d’être suffisantes. C’est bien en s’attaquant en profondeur au système de genre et aux stéréotypes qui lui sont associés qu’on pourra faire reculer les violences et discriminations sexistes et LGBTphobes.

Le Collectif attend des actes, alors que ce sujet est au point mort depuis la nomination du ministre. Il saura se montrer particulièrement vigilant et exigeant sur leur mise en œuvre. 10 mois d’inactions suffisent ! Le Collectif envisage maintenant d’interpeler les différents échelons de l’institution.